dimanche 18 janvier 2015

Citation # 14

Tirés de L'avaleur de sable (page 53), de Stéphane Bourguignon


« On ne peut rien devant une femme qui rit. C'est un petit papillon qui s'élève de son âme et on ne peut pas capturer ça. On voudrait seulement que ça ne s'arrête plus, que ça jaillisse continuellement. Alors on s'applique à le perpétuer, on se casse le cul pour la faire craquer deux fois à la minute et un beau matin elle vous explique qu'elle vous aime bien, que vous l'avez bien fait rire, mais que vous manquez de sérieux. »

jeudi 8 janvier 2015

Citation # 13

« Le pouvoir change les gens [...] Et quand quelqu'un se met dans le crâne que son pouvoir lui est conféré par Dieu... »

Tiré de La reine et le guerrier (p. 336), de Karen Miller

mercredi 7 janvier 2015

Proximité virtuelle et malaise réel

Quand le passé demeure parfois tout à fait d'actualité

Certaines personnes ont lu ou entendu parler des Lettres à un jeune poètes, de Rainer Maria Rilke. Pour tous ceux dont la culture générale ne contient pas ce titre (Ce n'est pas si grave. Après tout, un joueur de hockey encensé Nelson Mandela pour ses talents de sportifs, un homme pourtant reconnu pour sa lutte contre l'apartheid), il évoque un phénomène que l'on pourrait croire circonscrit à une époque révolue : les échanges épistolaires. De par les distances, les difficultés des voyages, des moyens de communication sommaires, des gens pouvaient se confier à quelqu'un sans même le voir et fait intéressant, sans même le connaître. Tout pouvait donc être vécu de manière virtuelle, pas si différemment d'aujourd'hui. Mais si ces deux personnes inconnues se rencontraient, par le plus pur des hasards, de quelle manière leur vécu émotif pouvait-il être modifié ?


Les malaises des retrouvailles post-virtuelles

Les échanges épistolaires n'existent presque plus sous forme traditionnelle. Aujourd'hui, même le courriel semble dépassé, remplacé par la forme ultra-rapide du texto. Toutefois, l'effet demeure le même.

J'ai toujours trouvé qu'il était plus facile de clarifier ma pensée et de confier mes sentiments par écrit. Sur le moment, j'ai une plus forte acuité de mon propre vécu et je perçois plus facilement celui de l'autre. Alors, comment se fait-il que lorsque je rencontre cette personne dans le monde physique, un malaise s'installe ? Comme si la proximité virtuelle ne pouvait être transférée au monde réel. 

D'où vient cette adéquation entre le senti physique et le senti virtuel ? La clé se trouve visiblement dans l'espace entre les corps. En effet, lorsqu'on rencontre quelqu'un, une énergie se dégage de cette même rencontre et elle semble intrinsèquement liée aux corps. Les professionnels oeuvrant dans le milieu des sciences humaines ou autres trucs plus ésotériques savent très bien de quoi je parle. On entend les expressions atmosphère, senti, vibrations, ambiance. Rien de tangible, mais un langage à part entière, ponctué d'hormones, d'intuitions. Il se véhicule par les sens et en l'absence de cette langue éthérée, notre esprit semble incapable d'importer cette charge émotive et de la faire croître, vivre par elle-même une existence propre. 

On pourrait aussi voir le problème d'un point de vue strictement psychologique : la création d'une image fictive de notre interlocuteur. La personne à laquelle on s'adresse par écrit correspond à une idée créée de toute pièce. Il n'est alors pas surprenant de ne pas ressentir la proximité à l'écrit au moment de rencontrer la personne en réalité. Toutefois, cet élément m'apparaît moins pertinent dans la mesure ou qu'il s'applique davantage à une personne que nous n'avons jamais rencontrée.

Au bout du compte, le malaise créé par ce phénomène risque de provoquer un effet pervers : le désir de retourner dans le monde virtuel pour retrouver la proximité perdue. Beau cercle vicieux en perspective.