dimanche 31 mai 2015

Citation # 21

« Le progrès, c'est désormais l'autre. Le modernisme, c'est l'autre. Fallait-il affirmer son identité culturelle et religieuse en rejetant ce modernisme que symbolisait l'occident ? Fallait-il, au contraire, s'engager résolument sur la voie de la modernisation en prenant le risque de perdre son identité ? Ni l'Iran, ni la Turquie, ni le monde arabe n'ont réussi à résoudre ce dilemme ; et c'est pourquoi aujourd'hui encore on continue d'assister à une alternance souvent brutale entre des phases d'occidentalisation forcée et des phases d'intégrisme outrancier, fortement xénophobe. »

Tirée de Les croisades vues par les arabes (page 257), de Amin Maalouf

mardi 26 mai 2015

Les étapes de vie

"L'étapisme" vs le continuum antéroprogressif 1  : interdépendance de deux concepts


Dans notre société actuelle, on analyse et décortique allègrement le cheminement de vie du citoyen standard. Pensez à toutes ces revues ou se développent quantité d'idées, de concepts philosophico-industriels, de rites sociaux ou religieux, d'étapes psychologiques reliées aux années de vie et j'en passe. Tous forgent une même idée centrale : la vie est parsemée d'étapes, qu'elles soient d'origines naturelles ou artificielles, pour nous faire évoluer dans notre existence. Il y a également tout ce concept d'évolution qui implique une progression vers l'avant, tout à fait unidirectionnelle. C'est ce que j'appelle affectueusement de l'étapisme. De quelle manière toutes ces idées viennent influencer notre vie ? Et s'il y avait d'autres points de vue ?

Longtemps dans ma vie, par exemple, j'ai été effrayé à l'idée de devenir un adulte sans en être vraiment conscient. À partir du moment ou j'ai pu mettre des mots sur mon vécu, j'ai constaté ma difficulté à intégrer cette notion d'étapes à franchir. Comme si la vie devait être bornée par des poteaux fixes qui déterminaient mon avancée comme être humain. Tant sociale que personnelle. Mais ce que je trouvais le plus difficile, c'est ce que la société considère comme acceptable d'être ou de faire à partir d'une étape X. J'avais peur finalement de perdre mes racines, tout ce que j'avais été pour devenir autre chose. 

Ce que je n'aime pas dans l'idée des étapes c'est le concept de guérite dans l'évolution. À partir de ce point, tu "deviens" quelqu'un d'autre. Vous pensez sans doute que j'exagère, mais prenons un exemple concret : l'atteinte de la majorité civile. Au Québec, nous sommes majeurs aux yeux de la loi à partir de 18 ans. Donc, à ce chiffre, vous n'êtes plus un adolescent, vous êtes un adulte. Bang, baissez le rideau, le spectacle est terminé. Symboliquement, il y a quelque chose de très fort, car la société attend beaucoup de choses des adultes. Certaines sont implicites, d'autres formelles. Toutefois, certaines familles soulignent l'événement d'une manière particulière et ont, elles aussi, des attentes face à ce que nous devenons. La majorité du temps, encore une fois, ces attentes demeurent implicites.

Dire qu'il m'a fallu plusieurs années pour trouver une idée de remplacement n'est pas un euphémisme : j'ai effectivement vécu une forme de détresse psychologique un bon moment. Du moins, jusqu'à ce qu'il me vienne une compréhension différente, beaucoup plus nuancée : l'évolution dynamique ou le continuum antéroprogressif.

Voilà, c'est dit. Mais qu'est-ce que c'est ? Le principe est de déconstruire ce qui semble naturel aux yeux de la société (les étapes) pour recoller le tout d'une façon moins linéaire, moins contraignante. Vous verrez, c'est loin d'être facile ! Chaque personne évolue à une vitesse et une manière qui lui est propre. Selon moi, cela implique aussi de rester en contact avec ce que l'on a été, est et sera dans notre vie. Oui, notre mode de pensée change en vieillissant tout comme notre vision du monde. Toutefois, j'aime l'idée que je conserve en moi les traces du Calepin de 6 ans, 10, voire 22, car c'est grâce au vécu de ces périodes que je suis l'homme d'aujourd'hui. C'est un peu cela, le concept de continuum antéroprogressif : avancer avec des épisodes en boucles, plus ou moins présentes dans le temps, pour aller retrouver nos sources qui nous ont vues naître. Si on ne fait que penser par étape, inutile d'y revenir, car nous aurons brûlé nos racines.

À la suite de ce billet, vous comprendrez que les concepts d'évolution dynamique et d'étapisme ont et ont été pour moi très stimulants. Toutefois, je n'ai pas pu tout intégrer mes idées dans un seul billet, alors je vous laisse sur une finale digne d'un thriller : à suivre !


1 : Arrêtez de chercher dans le dictionnaire, vous ne trouverez pas de continuum antérotruc : c'est de mon cru ! Sortez plutôt votre stylo pour noter le droit d'auteur, haha ! D'accord, j'ai voulu faire de l'esbroufe, mais avouez tout de même que c'est plutôt classe. Pour en comprendre davantage, continuez de lire l'article, ce n’est pas compliqué en fait.

samedi 23 mai 2015

Citation # 20

« Après mes funérailles, qu'il organise, il se charge de vider mon appartement, de le mettre en vente, d'entreposer mes biens, de démonter le décor, c'est un déménagement, en quelque sorte, vers nulle part. »

Tiré de Mourir (page 25), de Mario Cyr

samedi 16 mai 2015

Le paradoxe des certitudes

Nous passons tous d'une manière ou d'une autre par le système d'éducation. On le critiquera pour son manque d'efficacité, son manque de ressources pour les élèves en difficulté, les différentes réformes aux résultats parfois discutables, bref beaucoup d'éléments pour dénigrer l'un des pivots centraux de notre formation intellectuelle et citoyenne. Lorsque je me retourne pour voir toutes ces années passées à apprendre, je ne peux m'empêcher de sourire à l'idée que je me faisais de mes certitudes. Elles ont pris toutes sortes de formes pour finir d'une bien drôle de façon.


  • Au primaire, ce que ton professeur dit, c'est vrai.
  • Au secondaire, c'est sur le contenu des livres au programme que nos certitudes sont bâties. Les professeurs ont encore un impact majeur.
  • Au cégep, les auteurs des livres au programme expriment des théories et celles-ci forment une certitude absolue. Certains professeurs peuvent par contre la faire vaciller (un clin d'oeil à plusieurs excellents mentors)
  • Au baccalauréat, plusieurs auteurs écrivent des théories dont certaines portions sont contestées par d'autres et vice-versa. Certitudes, vous disiez ?
  • À la maîtrise et au doctorat, on crée nous-mêmes des théories qui passeront ou non un test de réalisme par les pairs. Avec les années, les théories se répandent dans la société, sont assimilées et deviennent les nouvelles certitudes des générations futures.
Ironiquement, plus on s'instruit, plus on avance en profondeur, moins on a de certitudes et plus celles-ci deviennent friables. Et pour les plus zélés et un brin philosophe (vous comprendrez que j'ai passé par là), certains se poseront cette question lancinante :

« Si nos connaissances tenues comme vraies ne sont que le fruit de théories valides jusqu'à preuve du contraire, existe-t-il un vrai ? »